Les socialistes et les principaux dirigeants de la transition ont travaillé pour la CIA

samedi 21 août 2021, par Pascual

Alors que le Parti populaire, Ciudadanos, Vox et une bonne partie du Parti socialiste, dont Pedro Sánchez, se sont lancés dans la défense de la transition comme un fait historique immuable, l’étude des documents de la CIA (Central Intelligence Agency) montre qu’il reste des zones d’ombre que les gens doivent connaître.
Dans les années 1970, il était très courant que la CIA des États-Unis intervienne dans les politiques internes des pays susceptibles d’affecter la sécurité nationale américaine.

En janvier 2017, la CIA a mis en ligne sur son site web un grand nombre de documents déclassifiés provenant de la base de données CREST (CIA Records Search Toll). Un décret pris par le président Bill Clinton en 1995 exigeait que les documents datant d’au moins 25 ans et ayant une valeur historique soient rendus publics. Et c’est ce qui s’est passé, mais jusqu’à 2017, on ne pouvait y accéder que par quatre terminaux informatiques qui se trouvaient aux Archives nationales de College Park (Maryland). Il s’agit de décennies d’analyses, de rapports ou de résumés de réunions politiques ou diplomatiques sur les questions géopolitiques les plus importantes. Des guerres de Corée ou du Vietnam à la transition espagnole.
La CIA a également déclassifié des documents qui indiquent qu’elle a travaillé en relation avec le groupe terroriste GAL, ce qui confirment que le président socialiste Felipe González a donné son accord pour la création, dans les années 1980, d’un groupe de mercenaires pour « combattre les terroristes en dehors de la loi ».
Plusieurs livres ont été publiés sur ces thèmes, l’ensemble de la presse espagnole a commenté ces documents, lorsqu’ils furent rendus publiques. Aucun des auteurs de ces articles n’a été poursuivi - ni même dénoncé - pour diffamation et calomnie par le PSOE et les dirigeants de la transition.

Dans les années 1970, il était très courant que la CIA intervienne dans les politiques internes des pays susceptibles d’affecter la sécurité nationale nord-américaine. Dans un scénario de guerre froide, ce qui s’est passé après la mort de Franco était essentiel pour les intérêts américains sur deux fronts : d’une part, la nécessité pour l’Espagne d’adhérer à l’OTAN afin de renforcer la présence des États-Unis vis-à-vis des pays de l’orbite soviétique ; d’autre part, l’arrêt du développement du Parti communiste, empêcher une révolution et anéantir le développement des luttes ouvrières et des revendications populaires après la mort de Franco. Cela passait par le travail de construction d’un parti de « gauche » (celui qui se trouve aujourd’hui encore au pouvoir), il est l’œuvre de la CIA, en collaboration avec l’Internationale socialiste. L’ingérence de la CIA en Espagne au cours de ces années cruciales pour l’histoire moderne a provoqué l’installation de bases militaires, la « transition », la tentative de coup d’État du 23 février 1981 et l’entrée de l’Espagne dans l’OTAN.

En ce qui concerne la « transition démocratique », une partie des mouvements qui ont eu lieu pour transformer l’Espagne en une démocratie étaient contrôlés par des agents de la CIA. Les espions nord-américains ont réussi à recruter des membres importants de l’armée, des dirigeants politiques, des hommes d’affaires, des banquiers, des personnalités culturelles et des journalistes. La « transition » était un événement si important pour les États-Unis que la CIA n’a pas hésité à envoyer en poste à Madrid des hommes expérimentés dans les opérations secrètes en Amérique latine et Ronald Estes, qui participa au printemps de Prague et au financement de la Phalange libanaise. Son arrivée en Espagne coïncida avec la tentative de coup d’État du 23 février 1981.

Les hommes choisis par la CIA et les États-Unis pour diriger l’Espagne après la mort du dictateur étaient au nombre de deux : Juan Carlos de Bourbon et Felipe González, l’ex-chef du gouvernement socialiste. En ce qui concerne le premier, le choix de Franco pour le désigner comme son successeur a été influencé par les services de renseignement nord-américains. L’Agence a maintenu un contact direct avec le ministre des affaires étrangères de l’époque et a apporté son soutien total à l’opération Lolita, dont l’objectif principal était de promouvoir la candidature de Juan Carlos pour succéder à Franco.

Les documents de la CIA montrent le soutien que Juan Carlos Ier a toujours reçu des États-Unis, soutien qu’il a obtenu en échange de la cession du Sahara au Maroc ou grâce à la pression du roi pour rejoindre l’OTAN. En ce qui concerne Felipe González, les documents de la CIA auxquels nous avons accès montrent comment il a été choisi pour arrêter les plans de développement du Parti communiste et que, dès le début, l’homme qui était le champion de la gauche espagnole, était en réalité un politicien encore plus conservateur que les partis sociaux-démocrates européens. Selon les documents de la CIA, González avait préparé un programme de réformes basé sur la modération, le conservatisme et la protection des élites.

L’opposition croissante au régime de Franco a conduit les services de renseignement nord-américains à se concentrer sur les jeunes dirigeants socialistes dès les années 1960. Les hommes qui ont joué un rôle clé dans la transition vers la démocratie étaient en contact régulier avec les espions de la CIA, à qui ils fournissaient des informations sur les mouvements d’opposition. Dans certains cas, ces contacts ont été établis avec le Mossad israélien. Les documents de la CIA indiquent qu’elle a joué un rôle important, notamment en finançant le Parti socialiste espagnol par le biais d’une fondation allemande appartenant au SPD (Parti social-démocrate) et dans la prise de pouvoir de Felipe Gonzalez lors du congrès de son parti à Suresnes en 1974.

La tentative de coup d’État du 23 février 1981 avait pour but de mettre fin à la démocratisation de l’Espagne et de revenir à un régime autoritaire, moins de six ans après la mort du dictateur. Le matin du 23 février, un événement a eu lieu, il a clairement montré comment la CIA contrôlait certains aspects de la politique espagnole : les pilotes de l’armée de l’air des États-Unis ont été mobilisés et mis en état d’alerte sur des bases situées sur le territoire espagnol. Par ailleurs, le matin même, le système de contrôle du trafic aérien américain a pris le pas sur les émissions radio espagnoles. Tout cela a eu lieu lorsque, deux jours avant, l’un des principaux instigateurs du coup d’État, le commandant Cortina du Centre supérieur d’information de la Défense, a rendu visite à l’ambassadeur des États-Unis à Madrid.

Le 23 février, les systèmes de communication de l’armée ont intercepté un message de la CIA adressé au général Milans del Bosch, l’un des instigateurs du coup d’État dans lequel on lui disait : « Jaime, maintenant, tu joues contre la Couronne ». Une indication claire du retournement de situation imposé par la CIA et de l’implication préalable de Juan Carlos dans cette tentative. Le roi a arrêté un coup d’État qu’il avait lui-même lancé sous la pression des agents nord-américains.

Daniel Pinós