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Soutien aux migrants dans le camp de Las Raíces, à Tenerife

samedi 15 mai 2021

Communiqué de l’Assemblée de soutien aux personnes migrantes dans le camp de Las Raíces, à Tenerife

Nous dénonçons la situation dans le camp de migrants de Tenerife « Las Raíces », situé à La Laguna. Depuis plus d’un mois, environ 1500 personnes (dont une cinquantaine de mineurs) sont détenues dans ce lieu inhospitalier, au nord de Tenerife. Ils sont détenus dans l’une des régions les plus froides, les plus pluvieuses et les plus venteuses de l’île, sans abris suffisants, sans nourriture suffisante et de mauvaise qualité (qui provoque des intoxications alimentaires), sans eau chaude, sans soins médicaux et psychologiques de qualité, sans respect des droits de l’homme fondamentaux et en les laissant exposés à de multiples facteurs qui mettent leur santé et leur vie en danger. En outre, ils sont victimes d’abus physiques et psychologiques de la part de la société de sécurité qui les garde. Tous ces faits ont été dénoncés par les personnes qui ont été hébergées et par le personnel engagé par l’ACCEM, la société en charge de ce camp.

Le gouvernement espagnol, utilisant les îles Canaries comme sa colonie en Afrique, a transformé l’archipel en une prison d’exil pour les milliers de personnes qui arrivent sur nos côtes à la recherche d’une vie meilleure. Tout ce qu’ils veulent, c’est poursuivre leur voyage vers le continent européen et retrouver, dans de nombreux cas, leurs familles qui les attendent de l’autre côté de la mer.

Grande-Marlaska, ministre de l’Intérieur et directement responsable de ce camp de la mort, a déclaré qu’il ne permet pas la mobilité de ces personnes parce qu’il n’en a pas les compétences, du fait que « les politiques migratoires appartiennent à l’Union européenne dans son ensemble et pas seulement à l’Espagne ». Il est évident que le gouvernement du PSOE et de Unidas Podemos traite les îles Canaries comme un territoire à part du reste de l’Espagne, nous faisant croire que le transfert de migrants à l’intérieur de ses propres frontières ne relève pas de ses compétences. Sur le papier, il est évident que le gouvernement est la seule responsable et qu’il a la possibilité légale totale de le faire. Ce que, d’autre part, a démenti Ylva Johansson, de la Commission européenne, qui a souligné dans plusieurs médias que le gouvernement espagnol a le plein pouvoir de décider en interne, sur son propre territoire.

Elle le fait d’ailleurs avec la complicité de l’ACCEM, une ONG dont on ne sait pas combien d’argent elle prélève pour la gestion de ce camp, mais on sait qu’elle a reçu en 2019 10 673 730 euros de l’État pour aider les personnes demandant et bénéficiant d’une protection internationale, selon les données du BOE, le Bulletin officiel de l’État n° 103, du 30 avril 2019... 10 millions d’euros pour maltraiter les gens... Le business des migrations et des frontières !

Il est honteux qu’un gouvernement qui se dit de gauche viole aussi clairement les droits de l’homme de milliers de migrants, dont beaucoup de mineurs, qui sont totalement sous sa responsabilité.

Pour toutes ces raisons, nous dénonçons :

Que dans ce camp, les droits de l’homme suivants sont violés de manière systématique et institutionnalisée :

Article 1 : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits et, doués de raison et de conscience, doivent se comporter fraternellement les uns envers les autres.

Article 2 : Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. En outre, aucune distinction ne doit être faite sur la base du statut politique, juridictionnel ou international du pays ou du territoire auquel une personne appartient.

Article 3 : Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de sa personne.

Article 5 : Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Article 9 : Nul ne peut faire l’objet d’une arrestation, d’une détention ou d’un exil arbitraires.

Article 13 : Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence sur le territoire d’un Etat. Chacun a le droit de quitter n’importe quel pays, y compris le sien.

Article 14 : Toute personne a le droit de chercher et de bénéficier dans d’autres pays de l’asile contre la persécution.

Nous exigeons :

La fermeture immédiate du camp de réfugiés de Las Raíces où les droits de l’homme sont systématiquement et institutionnellement violés.
Que les gouvernements espagnol et régionaux, tant le PSOE que Unidas Podemos, prennent en charge cette situation de manière responsable et respectueuse des droits de l’homme, qui ont été signés par cet État et qui sont pourtant violés par lui et par l’ACCEM de manière constante à l’égard des migrants. Et permettre le libre transit des personnes emprisonnées dans les îles Canaries à travers tous les territoires de l’État espagnol et de l’Europe.
Qu’ils examinent les installations de Las Raíces afin de confirmer la permanence des mineurs non accompagnés, qui relèvent de la responsabilité directe de l’État et doivent être accueillis par celui-ci dans des installations adéquates.
Que la société ACCEM soit tenue responsable de la gestion désastreuse de l’accueil qu’elle réalise (avec de l’argent public), qui a pour conséquence de porter atteinte, de multiples façons, à la santé des personnes accueillies.
Que la société de sécurité Segurmaxim soit tenue responsable des mauvais traitements physiques et psychologiques, ainsi que des abus de pouvoir, qui ont lieu à l’intérieur du camp.
Que la société Serunion soit tenue responsable de la mauvaise qualité des aliments et qu’une inspection sanitaire soit demandée en raison de l’intoxication alimentaire survenue le 13 mars 2021.
Dans ses premiers mois de gouvernement, le PSOE de Pedro Sánchez a accueilli l’ « Aquarius », avec 630 personnes à bord, et Pedro Sánchez a promis de se dissocier des politiques migratoires du PP. À cet égard, il a déclaré : « Nous aurions pu détourner le regard, comme cela se produit trop souvent sur la question de la migration ».

Nous nous demandons alors : où regarde Pedro Sánchez maintenant ?


Assemblée de soutien aux personnes migrantes dans le camp de Las Raíces, à Tenerife.
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